«Retenue» de Kapwani Kiwanga
Pour célébrer son 50ème anniversaire le CAPC a invité l’artiste Kapwani Kiwanga qui présente jusqu’au 7 janvier 2024 dans la grande nef de l’entrepôt Lainé son installation « Retenue ». Celle-ci croise l’histoire du lieu et l’écho des expositions présentées au Centre depuis sa création.
Née
au Canada, Kapwani Kiwanga a étudié l’anthropologie avant d’aborder le
cinéma documentaire. Elle s’installe en France en 2005, étudie aux
Beaux-Arts de Paris et au studio national des arts contemporains du
Fresnoy. Elle montre un intérêt particulier pour les sociétés
post-coloniales et obtient le célèbre prix Marcel Duchamp en 2020 avec Flowers for Africa, une œuvre qui se concentre sur les bouquets omniprésents lors des événements liés à l’indépendance des pays africains.
Le cheminement du projet
Pour répondre à l’invitation du CAPC, Kapwani Kiwanga va mettre en mouvement sa méthode de travail, à la croisée des sciences sociales et de l’art, pour l’adapter à la nef de l’entrepôt. L’artiste s’imprègne d’abord des archives du lieu, «mon travail d’artiste c’est tout simplement une suite de questions et d’interrogations sur des choses assez simples, pourquoi on fait comme ceci et pas comme cela ». Des éléments vont structurer le projet et donner son sens à «retenue» : le stockage de denrées dans l’entrepôt, l’architecture, l’eau présente dans le soubassement du bâtiment et «comment les corps et les esprits peuvent être contraints par des structures physiques ou bien idéologiques» confie Kapwani Kiwanga.
Le geste artistique
Claire Le Restif, directrice du Cédrac*exprime son admiration, «ce que je trouve formidable chez les artistes comme Kapwani, c’est qu’ils adaptent le langage plastique au lieu». Dans la lignée de l’art minimaliste, l’artiste choisit «le bon matériau»,
en l’occurrence de la corde monochrome pour réunir symboliquement
l’entrepôt des denrées coloniales avec la source d’inspiration de
l’architecte de l’édifice Claude Deschamps : le caravansérail. Le geste
magistral de Kapwani Kiwanga se manifeste sur les arches de la nef où
sont tendus des rideaux de cordages d’un bleu intense (rappels des
drisses, haubans, bouts des navires qui acheminaient l’indigo vers
Bordeaux). L’installation rend la pierre discrète, les figures arrondies
et suspendues en «retenue» renversent la lourdeur habituelle
de l’édifice. En découvrant la présence de l’eau dans le sous-sol du
CAPC, l’artiste crée un artéfact pour évoquer l’étroite relation que
Bordeaux entretient avec la Garonne : un ruissellement d’eau circulant
en continu le long des cordes et qui s’infiltre ensuite dans le sol du
musée. Malgré son ancrage dans le passé, l’installation de Kapwani
Kiwanga réussit à s’échapper de l’histoire du lieu en écrivant un
nouveau conte des Mille et Une Nuits.
Informations :
CAPC musée d’art contemporain 7, rue Ferrère, 33000 Bordeaux
Site internet: http://www.capc-bordeaux.fr/
*Crédac : Centre d’Art Contemporain d’Ivry/Seine

Commentaires
Enregistrer un commentaire