Les tribunes de la presse 2023, quand la passion se fait raison! (11/ 2023)


Événement majeur de l’automne, la treizième édition des tribunes de la presse s’est déroulée du 15 au 18 novembre 2023 en divers lieux de la métropole de Bordeaux. Ces rencontres sont le fruit de la volonté de la région Aquitaine de défendre une information de qualité. Elles rassemblent des grands noms de la presse, des sciences, de la politique, des arts autour d’une thématique.

Interroger au travers du thème des passions les vies collectives et individuelles constituait le fil conducteur de cette édition. Passion politique, écologique, religieuse, amoureuse et celle d’informer. Tables rondes et entretiens se sont succédés devant un public attentif et de nombreux étudiants venus de toute la région Aquitaine.

Vous avez dit passions ?

Utiliser passions au pluriel permet de distinguer les deux versants de cette notion: tout d’abord celui de la souffrance (la Passion du Christ par exemple) ensuite le sens courant où s’exprime intensément les émotions. Plusieurs intervenants ont marché sur cette ligne de crête entre ubac et adret.
C’est d’abord le Président des Tribunes, Bernard Guetta, qui dans le discours inaugural formule que «La passion peut-être la plus belle chose du monde [quand elle est créatrice]…l’actualité, le conflit, la guerre suscitent de telles passions que beaucoup de gens en perdent la raison, et là la passion devient la chose la plus laide du monde ». Dans l’entretien «Le rouge et le noir, la passion jusqu’au gouffre» la directrice du TNBA Catherine Marnas et la sociologue Rose Marie Lagrave reviennent sur le glissement qui va conduire Julien Sorel (le héros de Stendhal) de l’amour passionné à l’exécution.

La déconstruction de la passion amoureuse

Pour la critique d’art, Catherine Millet, la passion amoureuse relève d’une vision romantique, «Une façon de s’identifier à un modèle qui nous dépasse comme celui de Juliette ». Le professeur biologiste Bernard Sablonnière fait état des modifications neurobiologiques qui accompagnent «l’exacerbation des sentiments» (libération de dopamine), et précise «que lorsque le cerveau émotionnel s’exprime, il a envie de dominer le cerveau frontal, celui de la volonté». Comme l’avaient théorisé des philosophes comme Schopenhauer, le professeur Bernard Sablonnière confirme que «le comportement amoureux dépend d’un besoin à terme indispensable pour l’espèce, celui de se reproduire ».
En s’interrogeant sur les causes du phénomène amoureux et non sur le phénomène lui-même, la romancière Annelise Roux préfère penser que cette passion relève d’un mystère à élucider.

Les cœurs ont raison gardée

Pour cette édition placée sous le patronage de la passion, les débats auraient certainement gagné à être plus enflammés, les objections moins courtoises. Le cofondateur du quotidien Libération Serge July justifie la modération « Le métier de journaliste consiste à refroidir un événement même s’il est terrible comme l’attentat du 7 octobre, quand on fait un quotidien la tentation est de s’emporter, de hurler ». En gardant leur passion sous contrôle, les intervenants n’ont pas livré au public l’enthousiasme qui doit, a priori, accompagner des parcours peu communs. Deux exceptions, le mathématicien Cédric Villani qui a su faire circuler les intenses émotions que lui procurent ses découvertes et celles de ses pairs. La seconde, c’est l’intervention à l’IJBA* de la jeune rédactrice de la revue Far Ouest Clémence Postis; venue défendre la presse régionale elle a aussi fait part des difficultés que rencontre une petite structure pour mener des enquêtes locales.

Informations :
Pour revivre les tribunes de la presse : https://www.tribunesdelapresse.org/le-direct/

 


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